Les écoles de la post-pandémie

Pour des raisons de sécurité, nous utilisons les écoles de manière bien diffrente durant la pandémie. Circulation d’air, capacité des salles, déplacement des groupes, tout est revu et adapté selon les règles sanitaires en vigueur. Enseignants et élèves utilisent les appareils électroniques plus que jamais, notamment pour l’apprentissage en virtuel. Le besoin de prendre des pauses fréquentes des écrans est ressenti par tous. Chaque fois qu’une école entre en confinement ou en sort, se présente l’occasion d’évaluer si on préfère travailler ou apprendre de la maison, à visage découvert, ou bien a l’école, masqué toute la journée.

Les édifices scolaires nous paraîtront-ils de plus en plus désuets, à mesure que nous entrerons dans l’ère post-pandemique et que nous nous réveillerons de ce mauvais rêve? Conseillers scolaires, getionnaires et syndicats auront certainement à se poser cette question et en débattre. Il sera important que parents et élèves participent à la réflexion.

Les architectes, espérons-le, feront entendre leurs voix et encourageront de meilleures façons d’envisager de futurs espaces d’apprentissage, mieux capable d’accommoder une transition d’un usage courant à un usage en situation de crise. Nous suivons une piste sur le très informatif site web architecture and education, publié par Adam Wood et Emma Dyer. Ils y présentent des entrevues (en anglais) avec d’autres architectes, des enseignants et autres professionnels de l’éducation, sur le sujet. Ils offrent aussi une liste de musées de l’école dans plusieurs pays, comme par exemple Musée national de l’Éducation (MUNAÉ), situé à Rouen. L’exposition virutelle “Métier d’enseignant.e, métier d’élève” vaut le détour. Mieux se souvenir de l’école du passé, ne peut que nourrir l’imagination pour l’école de l’avenir.

Ecran d’accueil, exposition virtuelle “Métier d’enseignant.e, métier d’élève“. Source: Musée national de l’école, 28 février 2021.

Les petits bonshommes

Il y a à peine un mois ici-même, on rendait hommage au bonhomme allumette. Plusieurs ont bien aimé, alors pourquoi se priver? Juste pour faire durer le plaisir, laissons l’artiste anglais Chris Kenny nous inspirer. Ses charmants personnages en mouvement sont faits de brindilles trouvées et d’une bonne dose de contemplation. Partagez ce que vous trouverez lors de votre prochaine promenade en nature. Nous aimons aussi beaucoup ses oeuvres rassemblant efficacement textes et images.

Douze brindilles, 2019. Par Chris Kenny. Collection Kalmthout Arboretum, Belgique. Source: ChrisKenny.co.uk, 23 février 2021.

Coupe papier

Dans un grand centre urbain, 2060. Sophie, 10 ans, regarde son grand-père faire du rangement dans un placard poussiéreux. “Papi, qu’est-ce que c’est ça?” demande-t-elle. “Ça ma belle, c’est un crayon” répond-il un peu distraitement. Elle poursuit, “Et ça?” Il se rend compte qu’il lui faudrait porter attention. “Ça? Et bien c’est une feuille de papier avec un dessin” et il la voit qui attend pour en savoir plus, mais il se demande s’il pourra trouver une feuille dans la maison pour lui expliquer plus en détail.

Est-ce trop tiré par les cheveux que penser que dans 30 ans nous puissions trouver une enfant de dix ans qui n’aurait jamais vu un crayon et une feuille de papier? Facile, si l’on tient compte de la rapidité avec laquelle décroît l’utilisation du papier dans le quotidien de plusieurs, que ce soit au boulot ou à la maison. Les écrans prolifèrent, nous permettent de produire, d’authentifier, de partager et de classer nos documents sans papier ni encre. Même les ventes d’imprimantes diminuent sans arrêt depuis un bon moment déjà. Qui plus est, on a besoin d’imprimer bien moins que par le passé avec chacun de ces appareils. C’est si on en a possède toujours un.

Y a-t-il même encore des feuilles de papier à recycler à la maison, qui ne soit pas du papier d’emballage, et sur lesquelles les enfants puissent dessiner? Les feuilles toutes neuves nous arrivent-elles seulement que de l’école? Généralement, les jeux des enfants imitent ce qu’ils voient faire des grands. Si les adultes n’utilisent plus papier et crayons, pas plus à la maison qu’au travail, qu’est-ce qui inspirera les enfants le faire?

En 2015, le Washington Post a publié un article de Michal S. Rosenwald. Il y décrit comment l’industrie du papier mettait sur pied une campagne de relation publique de sorte à promouvoir la pertinence du produit contre vents et marées, ainsi qu’à protéger les niveaux de production, ou du moins à en ralentir le déclin. Il montre à quel point la culture numérique est dévastatrice pour ce produit, et comment l’industrie compte contre-attaquer, notamment en intensifiant la visibilité du papier… sur Internet.

Avançons de quelques années à peine, plus une année depandémie, et le déclin du papier à imprimer se poursuit. L’industrie ne peut que le constater, comme dans ce rapport par Fisher International. Pour ce qui est des imprimantes de bureau ou pour la maison, on ne devrait pas tarder à savoir de quel côté le vent va tourner. Au cours de la dernière année, le journaliste Roberto Torres s’est demandé sur CIO Dive Will the pandemic spell the end of the printer? Peu de temps avant, deux experts en technologie, Duncan Stewart et Nobuo Okubo jouant au futuristes, ont prédit un avenir fleurissant aux imprimantes numériques pour les prochaines années, travail à la maison aidant: Printer Charming: COVID-19 TMT Predictions. Notre rapport à la paire papier-crayon change rapidement, les enfants n’y sont pas imperméables. Imprimons recto, laissons-les dessiner au verso. Faisons ça pour Sophie.

On ne voit bien qu’avec le coeur

Grâce à leur propre persévérance et à celle d’enseignants, de thérapeutes et de décideurs, les personnes malvoyantes ou aveugles peuvent de plus en plus s’adonner à l’appréciation des arts visuels. Pas seulement en tant que spectateurs mais aussi comme créateurs. Plusieurs s’étonneront que ces personnes dessinent, et bien oui c’est le cas, avec un minimum d’adaption technique. Il peut même être assez intéressant de faire découvrir à toute la classe, les matériaux ou équipements utilisés, histoire de découvrir de nouvelles façon de faire, tout en alimentant l’empathie et l’inclusion à la communauté.

Un bon endroit pour s’initier à ces ces pratiques est le LMAC-MP ou Laboratoire de médiation en art contemporain en Midi-Pyrénées. Il s’agit d’un partenariat communautaire régional mené par une équipe professionnelle et dynamique. Leur Petit guide du dessin en relief rédigé par Nathalie Bédouin et Nathalie Muratet inspirera les éducateurs.

Si la recherche dans ce domaine vous intéresse, plongez dans la thèse monumentale défendue par Dannyelle Valente à la Sorbonne en 2012, et rendue accessible par le Centre pour la communication scientifique directe (CCSD) : Dessin et cécité : étude de la communication graphique des jeunes non-voyants. L’ouvrage est captivant et qui plus est, magnifiquement illustré. Les chercheurs qui illustrent bien leurs travaux sont nos préférés.

Dessin produit par M.L., non-voyante de naissance. Source: Valente, Danyelle. Dessin et cécité: étude de la communication graphique des jeunes non-voyants. HAL.archivesouvertes.fr. 8 février 2021.