Un peu d’attrait dans l’encrier

Suite à notre récent article sur la calligraphie et la plume d’oie, un mot sur l’encrier s’impose. Cette petite bouteille d’encre est sur le marché depuis plus de deux cents ans. Elle était initialement faite de verre soufflé ou moulé, parfois de métal, ou un agencement des deux. Plusieurs personnes et musées collectionnent les plus anciennes, ou les plus jolies, et on en retrouve facilement sur les sites de revente en ligne.

Jane Eastman de Winchester en Angleterre, les connaît comme personne, et leur voue une grande passion. Elle ratisse audacieusement le lit des rivières de sa région pour les sauver des eaux, entre autres trésors. Voyez quelques belles photos de ses trouvailles, et appréciez le contexte historique, dans son article de la revue Beach Combing : “My indelible love for ink bottles.” La revue a aussi sur sa chaîne, un vidéo dans lequel Jane explique sa démarche, bottes aux pieds, les pieds dans la rivière. Toute une excursion.

Du côté des musées, on peut voir au Charles Dickens Museum, un encrier utilisé par le célèbre auteur. Un autre encrier au format bien songé, se trouve parmi ceux du Corning Museum of Glass, dans l’État de New York.

Ink bottle, 1825-1875, NC 2013.4.3. Source: Corning Museum of Glass, 27 août 2022.

Prête-moi ta plume

Le bricolage est une belle façon de partager une leçon d’histoire. Une leçon d’histoire se veut l’occasion de contempler ce qui n’est plus, ainsi que ce qui a perduré jusqu’à nous.

Si vous vous lancez dans la fabrication ou taille de plumes d’oie avec votre enfant, commencez avec le traitement de texte sur votre ordinateur. Consultez le vaste choix de polices, et voyez si vous pouvez distinguer celles clairement inspirées d’une autre époque, des plus modernes. Vous repèrerez rapidement Old English, Palatino, New Roman, Garamond, et plusieurs autres. Ce sont celles avec empattements.

Ensuite, demandez à votre enfant de trouver les sortes d’outils d’écriture disponibles chez-vous. Vous en aurez peut-être plus que vous pensiez, des crayons à mines, des stylos à bille, des feutres, des crayons de cire, des craies. Peut-être même avez-vous une plume métallique. Invitez votre enfant à rédiger l’alphabet avec chacun d’eux, puis comparez-les attentivement. Utilisez une loupe au besoin. Portez attention à l’épaisseur des traits, à la présence ou l’absence d’empattements.

Vous êtes prêt à entreprendre votre bricolage, puis à découvrir comment la plume permet de tracer ces belles lettres anciennes. Un des meilleurs guides que nous avons repérés est celui de Atelier enluminure Marie-Eve. Un des nombreux vidéos du web fera aussi l’affaire. Pour des modèles, ou pour acheter des plumes, Le Calligraphe en a de superbes, ainsi que de l’encre et du papier.

Quelle que soit la méthode que vous choisirez, il y a plusieurs choses à garder à l’esprit. D’abord l’hygiène. Si vous vous procurez des plumes directement d’une ferme, assurez-vous de bien les laver, les stériliser, et les sécher, avant de les manipuler à mains nues et de les tailler. Deuxièmement, la sécurité. Pour un meilleur résultat, vous devrez tailler avec une lame courte et tranchante, afin d’avoir le meilleur contrôle possible. Ayez plusieurs plumes car il vous faudra peut-être plusieurs tentatives, ou vous voudrez expérimenter différentes coupes. Lorsque votre plume est prête, il ne vous manquera que l’encre pour écrire à l’ancienne, votre propre recette de potion magique. Écrivez sur différents papiers pour adopter celui qui répond le mieux à vote plume.

Enfin, prenez le temps de parcourir quelques livres ou le web avec votre enfant, afin de repérer quelques polices de style ancien. Un livre récent sur le sujet avec une foule d’illustrations est The Eternal Letter (MIT Press, 2015), édité par Paul Shaw.

Plume d’oie taillée. Photo/Source: Atelier enluminure Marie-Eve, 19 août 2022.

Médiévistes de la marge

Sur ce blogue il y a deux ans, on présentait Onfim. Ce gamin du XIIIe siècle avait tracé un dessin sur un morceau d’écorce, trouvé tout à fait par hasard, parmi d’autres trouvailles archéologiques. Grâce à un nombre croissant de médiévistes intrépides, des images laissées par des enfants il y a des siècles, sont de moins en moins condamnées au hasard, loin du regard de la science.

Les avancées en psychologie du développement de l’enfant ont toujours bien servi parents et éducateurs. Depuis quelques années, voici que ces mêmes avancées viennent en aide aux médiévistes, dans leurs études de documents ancients. Ce sont de bonnes nouvelles pour la conservation de dessins d’enfants.

Deborah Ellen Thorpe détient un doctorat en études médiévales de la University of York (G-B). En 2016, son article Young hands, old books: Drawings by children in a fourteen century manuscript, LJS, MS. 361, paraît dans Cogent Arts and Humanities (Taylor & Francis). Elle y démontre avec finesse et conviction que les mains qui ont tracé trois petits dessins, dans les marges d’un manuscrit du XIVe siècle, sont bel et bien celles d’enfants. Ses obsevations sont fortement appuyées par les travaux de plusieurs chercheuses en psychologie et en éducation artistique.

D’autres médiévistes réputés ont grandement contribué à mousser l’intérêt envers ce que les enfants du Moyen Âge ont pu laissé derrière eux. Pour n’en nommer que deux importants, mentionnons Seth Lere (Devotion and Defacement: Reading Children’s Marginalia, University of California Press), et Nicholas Orme (Medieval children, Yale University Press).

Dessin par un enfant du XIVe siècle dans la marge d’un manuscrit. LJS 361, Kislak Center for Special Collections, Rare Books and Manuscripts, University of Pennsylvania Libraries folio 26r. Source: National Library of Medecine, 9 août 2022.

Tout feu tout flamme

Dans ce court article, on s’éloigne du crayon, de la plume, de la craie et du pinceau, pour porter les projecteurs vers une autre façon tout aussi ancestrale de créer des images. Non ce n’est ni le crochet, ni le tissage, ni même le bas-relief. Jasons pyrogravure, cet art de dessiner par la chaleur ou le feu sur le bois, le cuir, le métal ou le verre. La pyrogravure sur bois étant de loin la plus répandue.

Notre Collection n’a aucun artéfact du genre réalisé par un enfant. Il en existe pourtant, puisque les outils pour en réaliser restent sur le marché. La pyrogravure jouissaient d’une grande popularité dans les années 1950 et 1960, avec l’arrivé de nouveaux produits courus par les familles en quête de loisirs artistiques.

Pour un survol rapide de la palpitante histoire de la pyrogravure, voyez le site du guide d’achat Pyrogravure.net, qui a la qualité d’être détaillé en la matière, mais manque douloureusement d’images. Pour en admirer, rendez-vous plutôt sur le site de l’artisan Bernard Jaquet, qui allie merveilleusement la technique avec la sculpture et l’art décoratif. Son travail est varié, coloré et ma foi, une porte pyrogravé, ça a du cachet.

Du côté de l’art contemporain, on ne peut passer sous silence Cai Guo Quiang dont les oeuvres-évènements à base de poudre à canon font passer la pyrogravure à un tout autre niveau. Son seul projet Exploding the self en fait foi.

Allez, lancez-vous. Ce vidéo sur la chaîne de la Communauté CulturaCréas vous offre une démonstration en deux petites minutes bien utilisées.

À la mémoire de Françoise Roy

C’est avec tristesse que nous apprenons le décès de madame Françoise Roy (1924-2021), de LaPocatière, Québec. Grande amoureuse de la vie, elle nous manquera à tous, qui avons eu le privilège de la côtoyer. Françoise a connu une longue et riche carrière en enseignement et en counseling familial. Elle a été une pionnière dans l’utilisation du test de Goudenough ou test du bonhomme, dans sa pratique avec les enfants et leurs familles. Françoise a été une des toutes premières inspirations qui ont mené à la création de notre Collection. Son enthousiasme et son enseignement continueront de nous inspirer toujours. Nous lui rendons un bien modeste hommage en publiant pour la première fois ce dessin, par une fillette qu’elle a accompagnée. On peut y voir les notes manuscrites prises par Françoise suite à son entretien avec l’enfant.

Ma famille, c1982. Source: CDIC-CIDE, fonds Françoise Roy.

Coup de pinceau

Les suggestions ne manquent pas sur le web pour apprendre à fabriquer ses propres pinceaux. On vous présente la démonstration la plus surprenante que nous ayons trouvée. Inspiré d’un texte datant du XIVe siècle signé Cennino Cennini, le groupe médiévaliste Les Chavaliers d’Avalon a publié un article avec les bons tuyaux et qui redresseront les poils de certains lecteurs. Les photos sont excellentes et vous donneront peut-être le goût d’ajouter vos propres enluminures à vos livres.

Pour découvrir comment les pros les fabriquent aujourd’hui, visitez daVinci Pinceaux pour artistes, situé en Allemagne.

Pinceau en écureuil. Source: LesChevaliersdavalon.ch, 18 May 2021.

Il était une fois l’Histoire

Paraphrasons Albert Einstein et admettons que si nous répétons la même erreur en souhaitant des résultats différents, c’est que nous manquons de jugement, ou pire. Jusqu’à tout récemment, trop peu a été fait pour préserver l’expression enfantine. Il en résulte une insuffisance de la contribution des enfants au discours social, effacée et inaccessible aux historiens qui ne peuvent en tirer des interprétations éclairantes. Un constat pour le moins désolant surtout pour les 150 dernières années, en sommes depuis l’émergence de l’instruction publique en occident.

Heureusement, la chose semble vouloir s’améliorer au XXIe siècle et une poignée d’historiens montrent un intérêt grandissant pour ce que les enfants ont à dire verbalement ou sur papier. Il est plus que temps car ce que les enfants ont laissé de traces sur papier durant la seconde moitié du siècle dernier, est sur le point de disparaître à jamais. Nous avons initié notre Collection en grande partie pour remédier à cela et éviter de répéter les négligences du passé, en ce qui concerne le dessin d’enfant.

Prenons à témoin ce superbe article de Franck Beuvier, publié en 2009 dans la Revue d’anthropologie et d’histoire des arts et accessible sur Open Edition Journals: Le dessin d’enfant exposé, 1890-1915. Art de l’enfance et essence de l’art. Article fouillé, riche en détails, instruit, captivant, mais pas de dessin.

Un autre article plus récent, paru en 2015, tout aussi captivant, s’en sort mieux avec quelques photos: Dessins d’enfants et aide humanitaire : expressions et expositions transnationales. Rédigé par Dominique Marshall (Carleton University) appuyée d’une foule de collaborateurs, pour le compte de la Revue de la Société historique du Canada (Vol. 26, 1), l’article nous fait voyager à travers le monde et les conflits du XXe siècle et leur impact sur les populations. Encore une fois, on voudrait de meilleures images.

Allons enfin du côté des États-Unis, consulter le superbe article (en anglais) de Karen Sanchez-Eppler, publié par The Conversation, et qui nourrit notre espoir de voir le dessin d’enfant trouver sa juste place dans l’histoire et faire surgir celle-ci au regard des générations futures: How studying the old drawings and writings of kids can change our view of history.

The Nelson Brothers’ Encyclopedia for Their Fictional World, 1890s. Amherst College. Source: TheConversation.com, 23novembre 2020.

Cauchemar au Liban

Seuls les gens ayant subit des traumastismes impensables peuvent imaginer ce que les citoyens de Beyrouth vivent depuis l’explosion du mois dernier, en plein coeur de leur capitale. L’autrice et mère de deux enfants, Yasmina Farah Massoud a partagé sa réflexion sur ces horreurs qu’elle traverse avec sa famille et son peuple. Voyez son fil Facebook du 11 août et l’interprétation en image de l’après explosion, par son fils Josef.

https://www.facebook.com/laplumequichante/posts/943810882758147
Puis il y a les enfants de Beyrouth au mois d’Août, par Yasmina Farah Massoud. Dessin par son fils Josef. Source: Page Facebook de Yasmina, 26 septembre 2020.

Dessiner POUR les enfants

Nul doute que les parents, les frères et soeurs, amis et enseignants peuvent grandement influencer ce qu’un enfant dessine. Impossible cependant de passer sous silence les illustrateurs et illustratrices, pour qui dessiner POUR les enfants est un métier. Les albums illustrés ont depuis longtemps nourri l’imaginaire des enfants, pourtant on rend rarement hommage à leurs illustrateurs. Au Japon, un musée le fait au quotidien et de belle façon.

Le Chihiro Art Museum s’inspire de l’oeuvre et la vie de l’illustre illustratrice Chihiro Iwasaki. Situé à Tokyo et à Azumino, le musée regroupe une impressionante collection internationale avec plus de 17 000 pieces par plus de 200 illustrateurs de 33 pays.

À explorer aussi, une lecture instructive sur la littérature jeunesse. L’ouvrage fouillé de l’autrice Françoise Lepage: Histoire de la littérature pour la jeunesse, aux Éditions David.

Chihiro Awasaki au travail. Source: Chihiro Art Museum, site web, 27 juillet 2020.

Sur les traces d’Onfim

Personne ne sait qui était ce petit garçon nommé Onfim, mais nous savons quand et à quel endroit il vivait: Époque médiévale, Russie. On le sait grâce à Onfim lui-même, car il dessinait, grâce à la curiosité des chercheurs et une bonne dose de chance. Les dessins d’Onfim n’étaient pas prédestinés à être préservés pendant des siècles, pourtant ils l’ont été, par le matériau, l’endroit, la nature et le hasard. Fouillez les détails de cette découverte époustoufflante dans l’article de Justin E.H. Smith sur LitHub.com: Onfim Wuz Here (en anglais). Article paru précédément dans Cabinet Magazine. Laissons les images d’Onfim nous inspirer et faisons en sorte que dans des siècles d’ici, les gens auront accès aux images héritées des enfants, non plus par chance mais à dessein.

Gramota No.203, d’après Onfim. Source: LitHub.com, 19 juillet 2020
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